CONTRAT DE RÉNOVATION :
UNE BONNE COMMUNICATION S’IMPOSE !
Par Me Natacha Boivin
Rénover, ce n’est pas
une mince affaire. Les parties à un contrat d’entreprise négligent trop souvent
un véhicule essentiel : le contrat écrit. Même avec toute la bonne foi du
monde, la réussite d’un projet impliquant plus d’une personne dépend d’un
facteur primordial : la communication. À travers l’histoire de rénovation qui
suit, il est possible de dégager certaines règles qui permettront d’éviter les
litiges liés à un problème de communication.
LE PROJET DE MME
TREMBLAY
Mme Tremblay vient d’acheter une maison de plain-pied («
bungalow ») usagée. Elle a comme projet de finir le sous-sol en salle familiale
avec un revêtement de plancher en bois et de rénover la salle de bain
principale au rez-de-chaussée. Nous sommes en septembre. Son budget est de 20
000 $.
La rencontre avec l’entrepreneur est courte et la confiance
s’est installée rapidement. Pour l’entrepreneur, il s’agit d’un projet simple
et il pense être capable de satisfaire la cliente sans problème. Un petit
croquis est fait à la main et un contrat d’une page est signé. Le montant
indiqué sur le contrat à forfait est de 20 000 $. Toutefois, il y a des choses
que la cliente et l’entrepreneur ne se disent pas. Il y a des questions qui ne
sont pas posées et donc, il y a des explications qui ne sont pas données. Il y
a donc des attentes qui ne seront pas comblées, de part et d’autre.
UN DEVIS
Au départ, Mme Tremblay voulait un plancher de bois franc
dans son sous-sol. Avec un budget total de 20 000 $, l’entrepreneur lui annonce
que c’est impossible mais qu’il existe des produits usinés qui ressemblent à
s’y méprendre à du bois franc. La cliente accepte cette solution, mais rien
n’est prévu dans le contrat afin qu’elle choisisse le type de revêtement.
L’entrepreneur fait donc lui-même son choix en fonction du budget de la
cliente. Au moment de l’installation, la cliente est insatisfaite du résultat.
Ça ne ressemble pas du tout à ce qu’elle avait imaginé.
Le problème aurait été évité si le type de revêtement à
installer avait été précisé au contrat, dans ce qui s’appelle un devis, lequel
aurait été préalablement approuvé par la cliente. Plus la description des
matériaux utilisés est claire, plus on évite les ambiguïtés. Il est aussi
conseillé d’indiquer ce qui est exclus. Par ailleurs, lorsqu’il est essentiel
que des choix de matériaux soient effectués par le client, il faut encadrer ces
choix.
DES BUDGETS ET UN
DÉLAI POUR LE CHOIX DES MATÉRIAUX
Dans notre histoire, il est prévu au contrat que le nouveau
revêtement de plancher de la salle de bain soit en carreaux de céramique «
standard », au choix de la cliente. Mme Tremblay se rend chez le fournisseur
référé par l’entrepreneur et ne trouve rien qui lui convienne. Elle visite
plusieurs autres fournisseurs, prend beaucoup de temps pour arrêter son choix
et retarde le projet d’au moins deux semaines. Finalement, elle trouve les
carreaux de céramique désirés. Lorsque l’entrepreneur reçoit la facture du
fournisseur, il constate que le prix dépasse le « budget standard » et il veut
réclamer un supplément. La cliente conteste cet extra.
Deux choses sont à retenir au niveau du choix des
matériaux ou des équipements fournis et installés dans un contrat à forfait.
Premièrement, il faut qu’un budget soit prévu et indiqué au contrat. Lorsque le
budget est dépassé, la cliente sait qu’elle devra payer un extra. Deuxièmement,
il faut prévoir un délai pour effectuer les choix de matériaux et l’inscrire au
contrat dès le départ. Par exemple, la cliente aurait pu savoir qu’elle avait
jusqu’au 15 octobre pour choisir ses carreaux de céramique à défaut de quoi le
délai prévu pour la fin des travaux serait retardé. Indiquer des délais permet
notamment à l’entrepreneur de mieux coordonner ses sous-traitants, qui ne sont
pas toujours disponibles au moment où la cliente le voudrait.
UNE DATE DE FIN DE
TRAVAUX
Le contrat de Mme Tremblay est muet en ce qui concerne la
date de fin de travaux. Pourtant, cette dernière voulait absolument que son
projet soit terminé pour Noël, mais elle ne le précise pas, prenant pour acquis
que l’entrepreneur dispose de suffisamment de temps pour exécuter les travaux.
Voyant que la cliente n’impose pas de délai, l’entrepreneur ne pose pas de
question afin de se garder suffisamment de marge de manoeuvre. Résultat :
l’entrepreneur n’a pu terminer pour Noël et la cliente a perdu confiance.
Il est toujours préférable de préciser une date de fin de
travaux dans un contrat d’entreprise et de bien expliquer au client, idéalement
avec des clauses précises, quels sont les facteurs qui pourraient repousser
cette date. Il est inutile de créer des attentes, il faut les gérer.
DES DÉTAILS SUR LE
PRIX ET LES MODALITÉS DE PAIEMENT
Mme Tremblay a déjà versé 5 000$ malgré le fait que le
contrat ne prévoie aucun acompte ou paiement partiel. Une chance pour
l’entrepreneur, car lorsqu’un contrat ne fixe pas de modalités de paiement, la
loi prévoit que le montant est payé à la fin des travaux. Le contrat est
terminé et Mme Tremblay refuse de payer car elle est insatisfaite.
L’entrepreneur réclame des taxes en sus de son prix et de son extra, alors que
la cliente était persuadée qu’elles étaient incluses. D’une part, il faut que
les taxes soient indiquées séparément dans le contrat.
D’autre part, il est préférable de prévoir des modalités de
paiement claires et précises, qui suivent les étapes de l’avancement des travaux.
Si la cliente est insatisfaite, elle pourra alors retenir, au moment du
versement, une somme correspondant uniquement à la valeur des travaux
correctifs exigés. Il faut également prévoir dans le contrat ce qui se passe en
cas de défaut de l’une ou l’autre des parties.
INFORMATION ET COMMUNICATION
Dans tout contrat d’entreprise, l’entrepreneur doit informer
et bien diriger son client. Cette obligation ne doit pas être prise à la
légère. Une bonne communication entre les parties débutera par de bonnes
questions et des sujets abordés franchement et sans détour, de part et d’autre.
En affaires, il faut bien communiquer et par écrit. On ne le redira jamais
assez !
Source : Le Répertoire de la
maison neuve et de la rénovation au Québec 2008 - APCHQ
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